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Par Benoît
ROBERT (Guide de Haute Montagne)
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Le printemps venu, sur les hauts plateaux
d’Anatolie, les perturbations sibériennes quittent la Turquie pour
de plus hautes latitudes.
Durant quelques semaines les volcans des plateaux ainsi que les
montagnes Rouges de Turquie deviennent un Eldorado du ski alpinisme.
La beauté de ces paysages, la qualité de la neige, la gentillesse
des habitants de ces vallées de montagne…
Tout cela ressemble bien au Paradis.
Pourtant chaque matin c’est inquiet que le randonneur à skis quitte
ces petits villages de montagne…
A cela une réponse : le Berger d’Anatolie !
Ce formidable gardien de troupeau est la terreur du randonneur
skieur une fois quitté le village Amiral, perdu dans les champs,
haletant, skis sur le dos vers les premiers névés le randonneur
devient une proie facile (croit-il)…
Paysans et Skieurs l’ont bien compris, au petit matin, dans les
villages turcs de montagne les Massey Fergusson ronronnent prêts à
embarquer les randonneurs courageux mais alors pas téméraires du
tout.
Un peu plus haut malmené dans la benne à Purin, le randonneur sait
qu’il a pris la bonne décision, les chiens armés de leurs colliers à
pointes dévorent la gomme voire la jante du tracteur…
Cette fois il en est sûr les Lires ont été dépensées à bon escient.
Pourtant très tôt ce matin là, perdu dans un petit village fantôme
au-dessus de la ville de Kayseri pas moyen de trouver un bon vieux
tracteur…
Les conditions sont excellentes, la nuit a été belle, dégagée,
froide, le volcan est là, sublime, haut, technique… Que faire !
L’appel des cimes est trop fort… Sachant pourtant pertinemment que
la fatigue n’est pas bonne conseillère nous partons.
Et ce qui devait arriver… arriva… en aboyant haut et fort ! …
Trop tard pour faire demi-tour…
Que faire ?
A deux pas le Fauve stoppe net !
Sans doute surpris de notre accoutrement de skieurs et peut-être
quelque peu impressionné par nos sacs surmontés de nos grands skis,
les aboiements cessent !
Nous sommes sauvés !
Aussitôt nous faisons « ami ami », vite comprenons qu’il ne nous
sera pas possible de lui adresser la moindre caresse, fut-elle
furtive et respectueuse : notre hôte garde ses distances !
Heureux nous continuons notre randonnée ; plus haut, d’autres
aboiements nous font penser que le pire est à venir mais les
répliques de notre Berger ont vite fait de faire fuir l’assaillant.
Quelques heures plus tard et surtout plus haut nous arrivons au pied
du grand couloir, voilà déjà plusieurs heures que nous glissons sur
la neige avec nos skis de montagne pourtant malgré la neige fraîche
profonde notre Berger est toujours là !
Il est temps de se quitter, nous allons attaquer la dernière pente
sommitale, nous chaussons les crampons, et saluons pour une dernière
fois notre guide du jour !
Et voilà que notre Berger d’Anatolie décide à son tour de tenter
l’ascension du couloir, le spectacle est extraordinaire, en deux
temps trois mouvements le voilà au sommet de la montagne.
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Ce jour là, le terrible couloir du mont Kayseri
300 m à 45° à près de 4 000 m est gravi pour la première fois
(peut-être) en hiver par un berger d’Anatolie.
La descente fut tout aussi glorieuse !
Simple quidam skieur alpiniste voyageur nous avions appris quelque
chose ce jour là, dans ce pays là :
le Berger d’Anatolie est un chien doté d’une énergie tout à fait
exceptionnelle !
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